Souffrir pour Christ, une bénédiction?

Mis à jour : il y a 5 jours



« Car il vous a été fait la grâce, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui... » (Philip.1:29)


« Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés... » (Jacques 1:2)


« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux!… » (Matthieu 5:10-12).


« Les apôtres se retirèrent de devant le sanhédrin, joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus. » (Actes 5:41)


Quand on lit les écritures, on se rend compte que les apôtres avaient une toute autre approche de la souffrance pour Christ, en effet, ils s’en réjouissaient! Que dire? Les apôtres étaient-ils maso? Pas vraiment... Mais ils avaient compris l’honneur et le privilège qui étaient rattachés au fait de souffrir pour Christ, et cette dimension de compréhension de la marche de la foi en Jésus-Christ fait cruellement défaut aux chrétiens d’aujourd’hui, raison pour laquelle ils vivent si mal les persécutions, les épreuves, les adversités et les déserts etc.


Comme je l’ai souvent dit dans d’autres articles, les apôtres avaient rejeté la vie présente et n’en faisaient nullement cas... Ils avaient perdu leurs vies au sens réel du terme et vivaient pour la vie d’après. Nous connaissons bien les déclarations fracassantes de l’apôtre Paul par lesquelles il nous fait comprendre son dédain pour le siècle présent:


« Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l'excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j'ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ... » (Philip.3:7).


Comment les apôtres ont-ils donc fait pour arriver à un tel niveau de dépouillement d’eux-mêmes et s’estimer heureux dans la souffrance ? Comment faisaient-ils pour subir les emprisonnements, les bastonnades, les naufrages, les lapidations, les dangers dans les villes, les dangers dans les déserts, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, les trahisons des faux frères, la nudité, la faim, la soif et ne presque jamais se plaindre, bien au contraire, s’estimer bénis d’endurer ces choses pour le Seigneur?


Aujourd’hui pourtant, nous pleurons et sommes prêts à compromettre notre marche parce que Dieu n'a pas encore pourvu à telle ou telle autre chose... Nos encadreurs, pasteurs et leaders spirituels nous ont-ils transmis la véritable connaissance de ce qu’est la réalité de la marche spirituelle? Car, à bien des égards, il semble que nous ne soyons pas sur la même longueur d’ondes que les premiers chrétiens lorsqu’il s’agit de souffrir pour Christ et pour le royaume des cieux.


Une approche de la marche chrétienne à revoir


Plusieurs choses peuvent expliquer le grand écart que l’on observe entre la conception et la perception que les apôtres avaient de leurs propres marche spirituelle et la nôtre.


On peut dégager 5 points:


- L’immaturité spirituelle des actuels chrétiens;

- Les enseignements lacunaires;

- L’absence de modèles au sein de l’Église (la souffrance étant considérée comme une malédiction, on n'aime autant pas la montrer ni en parler);

- L’évangile de prospérité;

- La prépondérance des enseignements sur « l’héritage du chrétien » au détriment des enseignements sur le « fait de porter sa croix » en tant que chrétien.


1. L’immaturité spirituelle des actuels chrétiens.


L'approche des chrétiens actuels de la souffrance pour Christ traduit un fait malheureux ; pour beaucoup, nous demeurons spirituellement immatures. Nous détestons tout ce qui pourrait heurter, blesser, contrarier ou briser notre chair et recherchons son confort à tout prix. Nous sommes heureux de nous savoir sauvés mais refusons d'y associer l'idée de souffrir et de devoir porter notre croix. Il est vrai que l'idée de souffrance n'est guère plaisante, mais il nous faut arriver à la compréhension et admettre que la souffrance dans la marche spirituelle est aussi le chemin de la maturité spirituelle. Bien que cette idée ne soit guère populaire et n'ait pas beaucoup d'adeptes, Dieu utilise la souffrance pour nous faire grandir et épurer notre foi. Dans le livre de Daniel, il est écrit: "Quelques-uns des hommes sages succomberont, afin qu'ils soient épurés, purifiés et blanchis, jusqu'au temps de la fin..." (Daniel 11:35). Daniel décrit des temps pendant la grande tribulation où ceux qui refuseront de se compromettre avec le régime de terreur en place, devront accepter de mourir pour être sauvés. Or, accepter de mourir en martyr pour Christ c'est boire une coupe de personnes adultes dans la foi. Ce n'est certainement pas pour ceux qui aiment cajoler leur chair et qui ne veulent rien lui refuser ... Cela suppose d'avoir réellement renoncé à sa vie et d'être préparé à souffrir dans sa chair pour être trouvé digne de Christ... De même, sans forcément aller jusqu'à la mort pour ce qui nous intéresse, Dieu utilise les diverses épreuves de nos vies afin de nous épurer et nous faire grandir. Tout comme le fondeur purifie l'or par le feu, notre foi est également éprouvée dans le creuset de l'adversité pour que le résultat en soit la gloire et la louange lorsque le Seigneur apparaitra (1 Pi 1:7). Et si Christ a accepté de souffrir une fois pour toutes la croix du calvaire par amour pour son Église, il revient pour une Église mature qui accepte également de souffrir dans la vie présente pour Son nom.


2. Les enseignements lacunaires


Nous lisons dans Actes 14:22 que c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. 1 thessaloniciens 3:3 déclare: "que personne ne soit ébranlé au milieu des tribulations présentes; car vous savez vous-mêmes que nous sommes destinés à cela". 1 Pierre 4:12-14 nous prévient encore "Ne soyez pas surpris, comme d'une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver.…"


Le chrétien qui se lance dans sa marche avec Christ est prévenu des obstacles et difficultés qui vont joncher son chemin... Toujours est-il que ces mises en garde ne transparaissent que très peu dans les enseignements prodigués aux jeunes chrétiens. Si bien que les obstacles et les tribulations sont perçus comme anormales ou encore comme ayant toujours pour racine une certaine malédiction ancestrale. S'il est vrai que certaines adversités que nous pouvons rencontrer dans notre marche spirituelle sont dues à des liens de captivité ancestrales, ce n'est cependant pas la règle. Nous sommes tous, en tant que disciples de Christ soumis à des tribulations car nous avons choisi d'avancer à contre-courant de ce monde, et la Parole nous le rappelle : "Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous." (Jean 15:18).


J'estime que les enseignements lacunaires sont en partie à la base de beaucoup d'incompréhensions dans le corps de Christ au sujet de la souffrance du chrétien. Certaines figures comme l'apôtre Paul mériteraient d'être mieux étudiées pour que le chrétien se rende compte que la souffrance, tout comme la bénédiction, fait aussi partie de la vie du chrétien. Puis, au-delà de savoir que la souffrance concerne aussi le chrétien, il me semble important que le chrétien soit également enseigné sur l'attitude qu'il doit avoir dans les afflictions. Bien souvent, beaucoup ne savent pas comment se comporter lorsqu'ils sont affligés pour Christ et se demandent s'ils doivent combattre leur désert, essayer d'en sortir par leurs propres forces etc. À ce sujet, nous savons par exemple que Paul et Silas ne tentèrent en aucune manière de s'échapper de leur prison (en essayant de percer le mur ou de soudoyer le gardien par exemple) mais qu'ils attendirent le secours de l'Éternel par des chants et des louanges et furent miraculeusement délivrés (Actes 16:25-26). Il en est de même pour les compagnons de Daniel dans la fournaise ardente qui attendirent le secours de l'Éternel en dansant au milieu du feu (Daniel 3:16-23).


3. L'absence de modèles au sein de l'Église


Les épreuves et les adversités ne sont pas suffisamment mis en exergue au sein de nos églises. Bien souvent, nous avons l'impression d'avoir affaire à des leaders spirituels parfaits, exempts de toute faille qui ne mentionnent que très rarement leurs propres luttes avec le péché ainsi que toute autre faiblesse qui leur serait propre en rapport à leur marche spirituelle. Nous avons tous en tête le lisse portrait de l'homme de Dieu parfait, père de famille, marié depuis 20 ans et qui, sur le plan spirituel, semble aller de victoire en victoire.


Pourtant derrière ces lisses portraits se cachent des temps de souffrances, d'épreuves, d'adversités et même de faiblesses dont le récit serait une source d'enseignement précieuse pour tout chrétien qui débute dans la foi. Plutôt que de cacher ces choses, ou de ne les raconter qu'à titre de témoignage lorsqu'on a tout surmonté, je pense qu'il y a une force particulière à parler de la souffrance que l'on endure pour Christ en tant que leader lorsque nous sommes précisément dans le feu de l'épreuve.


Si les aînés ainsi que les leaders dans la foi prenaient la décision d'opter pour la transparence au sujet de la souffrance pour la cause de Christ en renonçant à toute fausse pudeur à ce sujet, les chrétiens auraient des modèles à qui s'identifier et certainement vivraient différemment leurs propres luttes.


4. L'évangile de prospérité


Comme beaucoup le savent, il s'est développé depuis plusieurs années au sein du courant évangélique, l'évangile dit de prospérité qui fonde sa doctrine sur l'héritage, principalement matériel, que nous avons en Jésus-Christ et qui désigne toute forme de pauvreté, de souffrance ou d'épreuves comme de la malédiction. Bien que nous sachions qu'en Jésus-Christ nous sommes bénis de toutes les bénédictions spirituelles et que ces bénédictions peuvent être manifestées physiquement, l'évangile de prospérité contribue dans une large mesure, à l'incompréhension et au rejet des chrétiens de toute forme de souffrance et d'épreuve... Même la souffrance légitime, liée au fait d'être disciple de Christ. Pourtant la Bible est claire quand elle dit:


2 Tim.3:12 " ... tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés..."


Le problème avec l'évangile de prospérité est aussi sa tendance à "démoniser" toute chose. Ainsi, une maladie, une situation de chômage, le célibat et tout autre problème puise forcément ses origines dans une certaine malédiction ancestrale. Le diable serait responsable de tous nos déboires et de tout ce qui pourrait nous arriver de fâcheux. Ce n'est certainement pas Dieu qui permettrait l'épreuve dans la vie du chrétien pour l'émonder mais tout serait la faute d'un diable tout-puissant ! Le problème avec ce genre de doctrines est qu'elles bâtissent des hauteurs et des raisonnements dans les systèmes de pensées des chrétiens qui de ce fait, ne peuvent plus aborder leur marche spirituelle avec les bons fondements. Ils ne comprennent pas la souffrance propre au disciple de Christ et la rejettent dès qu'elle fait surface.


5. La prépondérance des enseignements sur l"héritage" du chrétien au détriment des enseignements sur le fait de "porter sa croix".


"Alors Jésus dit à ses disciples: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive." (Matthieu 16:24)


À un moment où l'Église se laissait dépouiller par l'adversaire de tout son héritage et qu'elle mourait par défaut de connaissance, le Seigneur a envoyé Sa parole à Ses serviteurs et leur a inspiré des enseignements sur l'héritage du chrétien afin que ces derniers sachent ce à quoi ils ont droit en tant qu'enfants de Dieu. La Parole de Dieu nous dit en effet en 1 Cor.2:12 :


" Or nous, nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce."


Le Saint-Esprit a communiqué aux leaders de l'Église, les choses que Dieu nous a données par Sa grâce. Le problème est que s'en sont suivis des années de déviances qui ont conduit à l'évangile de prospérité au détriment d'autres enseignements tout aussi importants comme les tribulations qui viennent avec le fait d'être chrétien, la mort à soi, le fait de porter sa croix, les déserts spirituels etc. Le résultat en est qu'on a créé des chrétiens matérialistes et charnels, attachés aux richesses de ce monde et qui refusent de se laisser dépouiller. Lorsque l'apôtre Paul juge les corinthiens, il dit ceci:


"C'est déjà certes un défaut chez vous que d'avoir des procès les uns avec les autres. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt quelque injustice? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller?" 1 Cor.6:7


Aujourd'hui encore, les chrétiens ne supportent pas les injustices, les souffrances et encore moins de se laisser dépouiller car l'évangile des richesses et de prospérité leur ont enseigné qu'ils sont la tête et non la queue et qu'ils devraient être riches à tous les niveaux. Cette doctrine des richesses et de la prospérité n'est pourtant en rien biblique et ne fait nullement écho aux enseignements du Seigneur Jésus-Christ.


Pour conclure, je dirais qu'il y a beaucoup à faire au sein de l'Église pour rééquilibrer les enseignements afin de former de véritables disciples de Christ équilibrés à tout point de vue et équipés pour affronter les réalités de la marche spirituelle en Jésus-Christ. La Parole de vérité doit être prêchée et enseigner à la fois sur l'héritage des chrétiens en tant qu'enfant de Dieu mais aussi la nécessité pour les disciples en Christ en devenir de se préparer à porter, eux aussi, leurs croix.

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